10091465593_sTitre original : Tôshô Daimos (闘将ダイモス)

Année de production : 1978

Réalisateur : Tadao Nagahama

Sortie VHS chez DIA fin 1982 (puis de multiples éditions chez Vidéo Jeunesse, Fil à Film, Scherzo, VIP, Sunbird Junior...)

Egalement connu sous les titres suivants : Opération Planète Terre, Starforce l'étoile éclatée, Starforce le chevalier de la galaxie

 

Menacée d'invasion par le peuple de Baam, des extraterrestres semblables à des anges qui ont perdu leur planète dans une explosion, la Terre ne peut compter que sur Fighting General Daimos, un robot géant piloté par le téméraire Kazuya Ryûzaki. Le père du jeune homme, également concepteur de Daimos, avait tenté de fraterniser avec le roi des Bahamiens; hélas un inconnu provoqua la mort du roi bahamien et en représailles, le père de Kazuya finit assassiné par le prince-héritier Richter. Retranché avec les survivants de son peuple sur un satellite artificiel situé autour de Jupiter, Richter, persuadé que les humains sont mauvais, leur déclare la guerre et projette la destruction des Terriens. C'est ainsi que Kazuya entre en action et s'oppose aux premiers assauts des robots bahamiens (assez similaires aux Golgoths). Après un combat, il sauve la vie d'Erika, une jeune fille amnésique dont il tombe amoureux au premier regard. Hélas, il ignore qu'Erika est la sœur de Richter ! De plus, elle semble être mêlée à la mort du père de Kazuya. Lorsqu'Erika retrouve la mémoire et découvre l'identité de Kazuya, elle décide de rejoindre son peuple et d'oublier le jeune homme. Kazuya se retrouve alors pris entre deux feux : protéger la Terre des Bahamiens tout en sachant qu'il combat le peuple auquel appartient sa fiancée.

 

Kazuya se vantant d'avoir trouvé la perle rare

 

Lors de la diffusion de Goldorak en France, bien peu de spectateurs doivent se douter que cette série devenue culte en France n'est qu'une série de robots géants parmi tant d'autres. Commencé en 1972 avec Mazinger Z (créé par Go Nagai, le même auteur que pour Goldorak), le thème n'a cessé d'évoluer au cours de ces quarante dernières années, donnant naissance à des titres désormais mythiques et d'autres moins prestigieux voire anecdotiques. Point de vue impact culturel et artistique, Daimos figurerait plutôt dans la deuxième catégorie et pourtant, contrairement à d'autres de ses congénères, cette série est loin d'être dénuée d'intérêt. Malheureusement en France, sa distribution catastrophique et aléatoire ne lui permit pas de s'imposer de la même manière que pour Goldorak. Edité tout d'abord par DIA en 1982 aux côtés des Cygnes sauvages et des Aventures de Panda, Daimos a même eu l'honneur d'une petite page dans le magazine de prépublication Spirou la même année à l'occasion d'un concours : une décision stupéfiante connaissant le peu d'intérêt du journal pour l'animation japonaise. Après deux VHS comprenant les épisodes 1 à 7 réunis sous forme de film avec un doublage français potable et très fidèle à la version originale (les noms japonais et même le générique ont été conservés), les éditions se sont succédé entre Cartoon Junior, Scherzo et Fil à Film avant de disparaître dans l'indifférence générale. Sans doute sa ''ressemblance'' avec Goldorak n'a-t-elle pas favorisé sa réputation chez nous et encore moins une diffusion TV qui aurait pu faire connaître la série au grand public.

 

Kazuya et Erika au début de leur histoire


Bref, il est temps de réparer cette injustice et de revenir sur une série de robots géants qui sans être un chef-d’œuvre n'en reste pas moins assez étonnante. Daimos fait partie d'une trilogie un peu particulière mêlant robots géants et relations amoureuses (d'où leur surnom de Romance Robo Trilogy), bien que cette description devrait être quelque peu nuancée. Seul Daimos proposerait apparemment une véritable relation entre les deux protagonistes contrairement aux deux autres séries dont les histoires romantiques n'auraient pas vraiment d'impact sur la direction de l'histoire. Mais n'ayant vu pour le moment que Daimos, je ne développerai pas davantage. La série est réalisée par Tadao Nagahama, surtout connu chez nous pour avoir réalisé la première partie de Lady Oscar, mais il a également été réalisateur sur des classiques comme Kyojin no Hoshi (une série culte consacrée au base-ball et diffusée en Italie sous le titre Tommy e la stella dei Giants) ou les deux autres séries de la trilogie en question : Chōdenji robo Combattler V et Chōdenji Mashīn Vultus 5. Hormis Lady Oscar bien entendu, toutes ces séries n'ont jamais connu la moindre diffusion ou distribution en France, contrairement à l'Italie où la concurrence des chaînes locales a permis aux jeunes spectateurs des années 80 de découvrir un grand nombre de séries de robots géants parmi lesquels Mazinger Z et ses suites, Kôtetsu Jeeg, Baldios, Astroganger, etc.

 

Kyoshiro, épéiste à la coupe afro et meilleur pote de Kazuya

 

 Daimos pourrait au premier abord passer pour une histoire de robot géant sans réelle innovation. Le premier épisode ne se détache pas beaucoup des productions de l’époque. Le scénario est typique des séries animées de robots géants depuis Mazinger Z et certains éléments rappellent beaucoup Goldorak : les robots envoyés contre Kazuya, le conflit extraterrestres/Terriens, le jeune héros qui combat uniquement pour protéger les siens, etc. Cette série ne puise pas son intérêt dans son script de base, mais plutôt dans l'évolution de l'histoire et surtout une volonté de s'attarder davantage sur les personnages plutôt que sur les combats en eux-mêmes. Pour commencer, la relation entre Kazuya et Erika n’a rien d’une petite intrigue à l’eau de rose sans relief. Elle sert vraiment le scénario jusqu’au dernier épisode et surtout, elle ne reste pas figée dans un même schéma. Certes leurs sentiments n’évoluent pas vraiment après le second épisode et même leur rencontre pourrait paraître assez naïve (Kazuya tombe amoureux d'Erika uniquement parce qu'il la trouve très belle !), sans parler d'un contexte très proche de Roméo et Juliette (version robot géant et extraterrestres) avec les deux camps qui s'opposent à leur amour et tentent de les séparer. L'évolution de leur relation prend aussi un tout autre chemin au fil des épisodes : alors que le début évoque surtout une ambiance amusante (on verra par exemple Kazuya ne plus se rappeler de ce qu'il vient de manger à l'instant parce qu'il a passé tout le repas à penser à Erika !), la suite part dans une direction de plus en plus sombre et dramatique à partir de l'épisode 7. D'une romance d'adolescents, on évolue ensuite vers une relation compliquée et dangereuse qui manque à plusieurs reprises de leur coûter la vie. Malgré son retour auprès des siens, Erika est désormais considérée par ses semblables comme une traîtresse et Kazuya comme un espion allié aux Bahamiens. L’opposition devient si forte dans les derniers épisodes que le jeune homme finit par être accusé de trahison par les dirigeants politiques et même envoyé dans une cellule un temps. De plus, si Kazuya est convaincu durant la majorité de l’histoire des sentiments d’Erika à son égard, celle-ci préfère oublier son bien-aimé à la fois pour le protéger mais aussi pour protéger son entourage (sa nourrice Margarete par exemple avec qui elle est très proche) et ne sait plus quoi choisir entre sa fidélité envers son frère et son amour pour Kazuya. Enfin, l’un des derniers épisodes amorce un rebondissement qui aura un impact important tant sur l’histoire et les personnages.

 

Le fourbe Georiya tente de convaincre Erika d'accepter un mariage politique

 

Bien sûr, le scénario n'oublie pas la lutte de Kazuya contre Richter et ses hommes avec son lot de combats Daimos/Kazuya VS les robots bahamiens. Particularité de la série, le héros est directement connecté au robot et le moindre de ses gestes est reproduit par la machine; Kazuya étant champion de karaté - on le voit d'ailleurs s'entraîner à plusieurs reprises durant la série en dehors des combats - c'est grâce à cet art martial qu'il parvient à vaincre ses adversaires. Mais cette innovation technique a aussi certaines conséquences puisque Kazuya subit automatiquement les coups lorsque son robot est attaqué. Il sera d'ailleurs gravement blessé à plusieurs reprises. La série n'hésite pas à montrer des civils voire même des enfants périr dans des attaques et si la fin laisse entrevoir un peu d'espoir pour l'avenir des deux jeunes gens, c'est au prix de bien des sacrifices que leur amour triomphe. Autre particularité, les combats ne sont pas la priorité des scénaristes : si le schéma est assez similaire dans la première partie (un ennemi arrive, Kazuya se précipite vers Daimos et le met en marche pour empêcher de nouvelles victimes), le scénario s'intéresse aussi à la vie des personnages entre les combats, au passé de certains membres de l'entourage du héros et même aux tourments des protagonistes face à leur destin (on l'entrevoyait déjà dans Goldorak). Dans la seconde partie de la série, on ne verra d'ailleurs plus autant de combats : l'histoire insistera surtout sur l'exil d'Erika qui s'est enfuie sur Terre pendant que Kazuya, de son côté, perd la confiance des autorités terriennes et doit aussi lutter contre les accusations dont il fait l'objet.

 

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Deux séquences particulièrement violentes où Kazuya frappe Miwa après que celui-ci ait attaqué des réfugiés bahamiens blessés. Le commandant n'hésite pas à menacer le jeune homme avec son arme...



Au début de l'histoire, les adversaires du héros paraissent bien manichéens avec une distinction bon/méchant presque caricaturale. Pourtant, plus la série avance et plus ce principe primaire s'estompe au film des épisodes. Certes des deux côtés on trouve encore des ''méchants'' qui ne pensent qu’à la victoire et à vaincre le camp opposé, en particulier le généralissime bahamien Olban et le commandant Miwa. Tous deux partagent comme point commun leur volonté insensible de détruire leurs adversaires sans distinction et de ne pas faire confiance à ceux tentant en vain de les raisonner et parvenir à un accord de paix entre les deux peuples. Peut-être faut-il y voir une critique d’officiers enfermés dans leurs préjugés et prêts au sacrifice au mépris de la vie de leurs hommes ? Néanmoins, parmi les autres protagonistes, beaucoup échappent à ce schéma et démontrent peu à peu un caractère très différent de ce qu’ils laissent entrevoir dans les premiers épisodes. De plus, leur rôle évolue au fil de l’histoire : Richter par exemple doit fuir sur Terre avec la scientifique Raiza (secrètement amoureuse de lui) et quelques soldats restés fidèles. C'est désormais le fourbe Olban qui prend le pouvoir et cette situation a le mérite de relancer l’intrigue dans une toute autre direction. Plus l'histoire avance et plus les Terriens se rendent finalement compte que les Bahamiens n'ont rien d'envahisseurs pour la plupart et qu'il faudrait enfin mettre un terme à cette guerre absurde. On verra d'ailleurs dans les derniers épisodes des manifestations entre Terriens et Bahamiens pour la paix. Le conflit n'est donc plus une guerre entre deux peuples, mais plutôt une divergence d'opinion entre des adversaires qui ne se connaissent pas et refusent d'entrer en discussion. Le héros lui-même s'en rendra compte puisqu'il se verra sauver la vie par son plus grand adversaire depuis le début de la série.


Le Bahamien Balbas, ancien adversaire de Kazuya, lui vient en aide

 

Malgré un début classique et un synopsis éculé, Daimos est suffisamment attractif et rempli de rebondissements durant ses 44 épisodes. La série explore des thématiques assez adultes sans les traiter superficiellement ni même les édulcorer, en particulier la guerre, la question des réfugiés politiques, les dérives de l'armée... Les épisodes se finissent régulièrement sur une note amère (Kazuya a vaincu le méchant de la semaine, mais n'a pas retrouvé Erika) et les personnages, y compris les protagonistes, ne sont pas sans défauts et leur combat n'a pas vraiment de valeur héroïque comme dans d'autres séries (Kazuya lutte d'abord par obligation puis pour Erika ou ses amis, mais jamais en tant que pacifiste). A la fois rythmée et assez novatrice pour son époque concernant le déroulement de l'histoire et le traitement des personnages principaux, la série propose de bons moments riches en émotion et un final mémorable. Dans le domaine des séries de robots géants, elle s’impose comme une œuvre bien plus complexe que ce qu’elle laissait entrevoir au début. Bien sûr, la série a indéniablement vieilli : son animation manque sacrément de fluidité (bien qu'un poil meilleur que Goldorak), le chara-design accuse fortement son âge même pour 1978 et au niveau des thématiques abordées, bien des séries de robots la surclassent désormais, ne serait-ce que Mobile Suit Gundam qui renouvela le genre un an à peine après la diffusion de Daimos et annonça l'arrivée du real robot (dont Neon Genesis Evangelion est l'un des héritiers les plus renommés en Occident avec Macross). Mais pour son âge (36 ans cette année), elle s'en sort relativement bien en comparaison avec d'autres séries de robots réalisées à la même période.

 

Un exemple de moment joyeux et léger du début de la série

 

Commentaires sur la VF

Le doublage a été réalisé au tout début des années 80 et ça s'entend, tant au niveau de l'intonation que de la qualité audio ! Le choix des voix principales est assez correct, même si pour le moment le nom du comédien interprétant le héros reste un mystère, et la traduction ne s'écarte pas tellement de la version originale. Personnellement, je n'aurai pas confié les voix d'Erika et de Nana à la même comédienne (Céline Montsarrat) car le timbre de voix similaire se reconnaît aisément sur deux personnages très différents l'un de l'autre. On regrette aussi un certain amateurisme du côté des ''méchants'' et des personnages secondaires, les comédiens ayant tendance à caricaturer à l'extrême le personnage qu'ils sont censés interpréter. On alterne ainsi entre des passages correctement doublés et d'autres assez insupportables à entendre. De plus, le nombre de comédiens pour une série assez peuplée (dès les sept premiers épisodes) reste bien insuffisant, même pour une série distribuée directement en cassette vidéo

 

Liste des comédiens ayant participé au premier doublage (source : Planète Jeunesse)

Marcel Guido Narrateur
Céline Monsarrat Erika, Nana
Jacques Berthier Généralissime Olban, Balbas
Michel Derain Kyochiro
René Roussel Commandant Miwa
Pierre Baton Dr Izumi

Je n'ai pas (heureusement devrais-je dire) encore écouté le redoublage réalisé à la fin des années 80 pour la version américaine ''Starbirds/Starforce'' qui propose un remontage de plusieurs épisodes du début et de la dernière partie de la série, profitant pour changer les noms des personnages (Kelly pour Kazuya, Dynamo pour Daimos !!!) et bien évidemment les musiques.

 

On trouve où cette VF ?

En cassette vidéo uniquement chez les éditeurs indiqués plus haut. Préférez la première édition sortie par DIA puis éventuellement Vidéo Jeunesse. Attention, certaines cassettes disponibles sur plusieurs sites de vente en ligne sont un peu chères, mais on en trouve aussi en fouillant dans les brocantes et sur les marchés d'occasion.

La première édition VHS de 1982 chez DIA

Une réédition de la même VF chez Vidéo Parade

Même VF mais avec une jaquette horrible plagiant Saint-Seiya !

L'édition VHS tardive avec le remontage américain

 

Et la série en entier ?

Il existe une édition DVD en Italie relativement récente (2007), mais en version doublée uniquement et avec une traduction des plus fantaisistes (à côté la traduction de la première VF passerait pour du HQ !). C'est cependant suffisant pour qui ne connaît pas un traître mot de japonais et pour les petites bourses. Au Japon, la série est disponible dans un beau coffret DVD, comme toujours en VO sans sous-titrage. On trouve cependant un livret sur la série (en japonais aussi, hélas) et surtout le manga paru à l'époque de la diffusion de la série dans le magazine Terebi Land. Cette bande-dessinée ne propose rien de vraiment neuf, mais a le mérite de ne pas non plus recopier la série au niveau du déroulement de l'histoire (même si la relation entre Kazuya et Erika est vraiment expédiée en quelques cases !). L'intérêt du coffret est bien sûr d'avoir l'intégral en VO avec une très belle image restaurée (pour une série de 1978). Il ne reste plus qu'à attendre qu'un éditeur transalpin ait la bonne idée de rééditer la série avec cette fois la VO et un sous-titrage.

 

 

 

Crédits images :

Images personnelles (DVD Toei Video, 2007)

http://forum.nanarland.com/viewtopic.php?f=4&t=9485