The_Tale_of_the_White_Serpent_PosterTitre d'origine : Hakuja-den (白蛇伝)

Année de production : 1958

Réalisateur : Taiji Yabushita

Sorti au cinéma le : 30 mai 1962 (parfois 1er avril 1962 sur certains sites)

Distributeur cinéma : Télé Hachette

Titre actuel : Le Serpent Blanc (Edition DVD 2005 chez Wild Side)

 

Premier film d'animation japonais en couleur que l'on doit au futur studio Toeï Animation, Le Serpent Blanc a marqué toute une génération de futurs réalisateurs et certains y firent même leurs premières armes. Le Serpent blanc est le premier d'une série de longs-métrages originaux qui dureront jusqu'en 1979 environ, le dernier de la liste étant Tarô l'enfant dragon, avant que la nouvelle politique du studio (politique déjà mise en place au début des années 70) ne privilégie les adaptations de titres populaires.

 

Pai Niang, l'esprit du serpent blanc

 

Le film est basé sur une vieille légende chinoise. Durant les premières minutes du film, dans un style rappelant les peintures chinoises, une voix-off nous conte l'histoire d'un enfant prénommé Hsu Hsien (ou Xu Xien selon certaines retranscriptions) qui acheta un serpent blanc sur un marché, mais fut forcé de l'abandonner après moults avertissements et menaces de la part des adultes. Bien des années plus tard, Hsu Hsien, devenu un beau jeune homme, fait la connaissance de Pai Niang, une très belle jeune fille vivant dans une riche demeure en compagnie de sa servante Xao Qing, une fillette délurée qui sympathise bien vite avec les compagnons du jeune homme, un panda et un renard (prénommé Mimi). De leur côté, Hsu Hsien et Pai Niang commencent à tomber amoureux. Fous de joie, la jeune Xao Qing et ses nouveaux compagnons de jeu arrachent une sculpture de dragon et s'envolent sur son dos dans le ciel avant d'atterrir contre leur gré dans la salle au trésor du pays. En passant, Xao Qing remarquent deux bijoux en forme d'étoile qu'elle offre aux jeunes gens, sans se douter que ce geste leur sera fatal. Recherchant les ''voleurs'', les gardes surprennent Hsu Hsien, le conduisent en prison et décident finalement de l'exiler. Pendant ce temps, un moine prénommé Hokai (Fu Hai selon la retranscription chinoise) découvre l'existence de Pai Niang et comprend qu'il s'agit d'un esprit serpent ayant pris forme humaine durant une nuit d'orage...

 

Hsu Hsien le héros

 

La légende du serpent blanc a connu plusieurs transpositions au fil des siècles et le film qui nous intéresse ici ne l'adapte que très librement (dans les versions les plus connues, le héros et Pai Niang se marient avant que l'esprit du serprent blanc ne soit révélé par le moine). Le film ressemble plutôt à une version orientale des films de Walt Disney, alors modèle principal dans le domaine du long-métrage animé : on y retrouve bien sûr l'idée d'adapter un conte très connu du public, mais aussi l'insertion de petits animaux servant d'éléments comiques et divertissants et la présence de quelques chansons, un ingrédient plutôt rare dans l'animation japonaise

 

Les sidekicks comiques Panda et Mimi

 

 

Pour qui connaît bien l'animation japonaise, le design du film pourrait surprendre : plus proche de l'illustration chinoise traditionnelle, les personnages ont des traits typés asiatique et les animaux sidekicks - même si leur apparence et leur animation peuvent rappeler le cartoon américain - sont représentés avec des caractéristiques similaires. Cette pratique se poursuivra jusqu'à Wanpaku Ôji no Orochi Taiji (inédit en France), un film sorti en 1963 et également adapté d'une vieille légende japonaise (le mythe de Susanoo). Les décors, qui rappellent les estampes chinoises tant dans le dessin que dans les couleurs employées, sont particulièrement détaillés et on remarque déjà les fonds très colorés qui deviendront la marque de fabrique de la Toeï. Certains qui n'auraient jamais accroché au style de l'animation japonaise ''moderne'' pourraient le regretter, mais avec le recul cette esthétique a aussi ses faiblesses, en particulier un manque d'homogénité (des animaux cartoon et des personnages secondaires caricaturaux côtoient des protagonistes très réalistes). 

 

Un exemple de décor très estampesque

 

Les personnages sidekicks prennent d'ailleurs tant d'importance dans l'histoire qu'au bout du compte ils effacent complètement les personnages principaux et qu'on vient à s'intéresser davantage à leurs frasques qu'à l'intrigue du film ! Néanmoins remis dans son contexte, ce film se laisse regarder sans grand déplaisir : le rythme a quelques faiblesses, mais la courte durée du film (1h15) évite de traîner en longueur. Certaines séquences, comme la tempête ou la confrontation entre le moine et Pai Niang, restent encore à ce jour impressionnantes par leur qualité technique remarquable. Il s'agit bien ici de full-animation et non d'animation limitée. ce dernier procédé - presque toujours mis en avant par les détracteurs de l'animation japonaise - était déjà utilisé à l'époque par Hanna & Barbera avant d'être repris par Mushi Production (fondé par le mangaka Osamu Tezuka) puis généralisé à l'ensemble des séries animées japonaises.

 

 

Hokai avertit la population du danger que représente Pai Niang

 

 Le film a remporté deux prix après sa sortie : le prix spécial au festival japonais de films Mainichi en 1959 puis la même année un prix honorifique à la Mostra de Venise dans la catégorie films pour enfants lui est décerné. Il sortira ensuite aux Etats-Unis le 8 juillet 1961 sous le titre Panda and the Magic Serpent (depuis quand Panda est le personnage principal ?) avant de connaître une sortie cinéma en France en 1962 sous le titre La Légende de Madame Pai Niang. Une première sortie qui ne fit visiblement pas grand bruit (malgré un résultat honorable en terme d'entrées pour un film d'animation non-occidental), ce qui expliquerait peut-être pourquoi elle sombra dans l'oubli avec le temps. En 2004, quand le film ressortit en France avec un tout autre doublage, la presse spécialisée occulta la sortie de 1962 et même l'éditeur Wild Side Video, qui propose le film en DVD, ne la mentionne pas. La nouvelle version française reste correcte, malgré quelques voix très niaises pour les personnages féminins et une vaine tentative de coller aux intonations d'époque, mais la perte de la première bande française du film n'en devient que plus regrettable. À noter concernant la version originale que seuls deux comédiens (un homme et une femme) se partagent tous les rôles !

 

 

 Pour aller plus loin :

http://www.clickjapan.org/Art_japonais/Films_Japonais/serpent_blanc.htm (analyse en français du film)

 

Chose étonnante, les revues spécialisées semblent encore le meilleur moyen pour trouver d'éventuelles informations sur le film lors de sa sortie en 1962. Alors direction (dans la mesure du possible) le n°68 de Cinéma (Juillet 1962) et la Revue du Cinéma (Octobre 1962). Après à voir ce qu'ils ont pu en dire à cette époque...

À noter qu'il existe un article très intéressant sur le film lors de sa sortie en 1962 publiée dans le magazine pour jeunes filles Line. Un article surprenant et historiquement intéressant qui se permet - en plus d'être peut-être l'un des premiers à parler de l'animation japonaise - une critique très positive du film en question. Nous sommes bien loin des idées reçues et des critiques virulentes sur les dessins-animés japonais dans la presse francophone des années 80-90 et que l'on continue à avoir de temps à autre du côté helvétique (la Suisse est toujours en retard culturellement et médiatiquement parlant !).

 

 

Avis de recherche :

Je cherche des informations plus précises concernant la diffusion du film en 1962 dans les salles françaises ainsi que sur la version française de l'époque. Si un internaute est prêt à participer aux recherches, il est possible de me contacter via le blog.

 

 

Et le film on peut le revoir dans de bonnes conditions ?

Sans problème si vous pouvez vous passer de la première version française, le film étant disponible en DVD chez Wild Side Vidéo avec quelques bonus très intéressants.

Crédits images :

Images personnelles (DVD Wild Side Vidéo, 2005)